Vous l’avez peut-être déjà aperçu, ce drôle d’oiseau noir, blanc et rouge qui fend l’eau de la Vilaine à Rennes. Il nage au milieu des colverts, mais il ne leur ressemble pas du tout. Corps massif, bec rouge éclatant, allure un peu fière… Qui est donc ce visiteur inattendu des quais rennais ?
Un canard pas comme les autres au milieu des colverts
Dans la Vilaine, près du canal Saint-Martin, ce grand oiseau attire les regards. Il nage tranquillement avec les autres canards, comme s’il avait toujours vécu là. Pourtant, à le voir, l’on comprend vite qu’il ne s’agit pas d’un simple colvert.
Ses plumes noires et blanches, son bec rouge vif, sa taille imposante, tout le distingue des habituels canards sauvages. Beaucoup de passants se posent la même question. S’agit-il d’une espèce rare ? D’un oiseau échappé d’un parc ?
Le verdict des spécialistes : un canard de Barbarie
Selon les bénévoles de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), il ne fait aucun doute. Cet oiseau est un canard de Barbarie, aussi appelé parfois « tête rouge ». Une race bien connue… mais plutôt dans les fermes que dans les rivières.
À l’origine, ce canard vient d’Amérique du Sud. Il a été introduit en Europe il y a plusieurs siècles, notamment par les Espagnols. Aujourd’hui, il s’agit surtout d’un canard d’élevage, apprécié pour sa chair et pour sa grande rusticité. Un adulte peut peser jusqu’à environ 5 kg. Ce qui en fait un voisin bien plus imposant que les colverts de la Vilaine.
Que fait un animal domestique dans la Vilaine ?
C’est là que l’histoire devient plus troublante. Le canard de Barbarie n’est pas un oiseau sauvage typique des rivières bretonnes. Il est normalement élevé en captivité, souvent dans le Sud-Ouest ou le Pays de la Loire, dans des exploitations spécialisées.
Alors, comment a-t-il atterri à Rennes, au milieu de la Vilaine ? Les experts avancent deux hypothèses simples. L’oiseau a pu s’enfuir d’un élevage ou d’un jardin privé. Ou bien, plus tristement, il a été abandonné, comme d’autres animaux domestiques que des propriétaires ne veulent plus garder.
Un oiseau rustique qui s’adapte très bien
Malgré cette arrivée mystérieuse, le canard semble plutôt bien vivre sa nouvelle vie. Il nage avec les colverts, se déplace sans difficulté, et parait totalement à l’aise dans ce nouvel environnement. Les bénévoles le confirment : il a l’air de bien s’acclimater.
Le canard de Barbarie est un animal robuste. Il supporte sans problème le froid, avec des températures qui peuvent descendre jusqu’à -20 °C. La Vilaine, même en hiver, ne représente donc pas une épreuve insurmontable pour lui.
Inondations, tempêtes : les canards sont-ils en danger ?
Avec les épisodes de fortes pluies et de crues récentes, une inquiétude revient souvent. Les oiseaux d’eau souffrent-ils des inondations ? Pour les canards et les espèces habituées aux milieux aquatiques, les spécialistes sont plutôt rassurants.
Lorsque le niveau de l’eau monte, ces oiseaux changent simplement de zone. Ils se déportent vers des espaces plus larges, comme des champs inondés ou des zones moins agitées. En revanche, d’autres espèces, notamment les oiseaux marins comme les macareux, peuvent être gravement touchées par les grosses tempêtes. De nombreux individus sont parfois retrouvés morts sur les côtes après un épisode météo violent.
Le problème discret des animaux abandonnés
Ce canard de Barbarie n’est pas un cas isolé. Dans la Vilaine et ailleurs, des oiseaux domestiques terminent parfois leur vie loin des humains. Faisans, dindes, perruches, canaris… Les exemples ne manquent pas. Ces animaux ont été achetés, parfois sur un coup de tête. Puis un jour, leurs propriétaires n’en veulent plus.
Résultat, certains les relâchent dans la nature, pensant peut-être bien faire. Or, beaucoup de ces espèces ne sont pas adaptées à la vie sauvage. Elles peinent à se nourrir, à se défendre, à survivre au froid ou aux prédateurs. Pour elles, la rivière ou le parc devient un environnement hostile, presque un piège.
Que faire si vous croisez ce canard de Barbarie à Rennes ?
Si vous apercevez ce grand canard noir, blanc et rouge dans la Vilaine, inutile de paniquer. Au contraire, observez-le tranquillement. Sa queue noire remue souvent avec énergie. C’est un signe positif. Il semble se plaire là où il est.
En revanche, il est fortement déconseillé de le nourrir avec du pain, des biscuits ou des restes de table. Pour lui comme pour les autres canards, ces aliments provoquent des problèmes de santé. Si vous souhaitez vraiment les aider, il vaut mieux donner, en petites quantités, des graines de céréales (blé, maïs concassé) ou quelques morceaux très fins de légumes verts crus bien lavés.
Comment agir en cas de doute ou de détresse animale ?
Un oiseau blessé, très maigre, incapable de voler, ou qui reste prostré pendant plusieurs heures peut être en difficulté. Dans ce cas, il est recommandé de contacter une association spécialisée, comme la LPO locale ou un centre de sauvegarde de la faune sauvage.
Si vous repérez plusieurs animaux exotiques manifestement abandonnés, il peut aussi être utile de le signaler aux associations ou à la mairie. Ces informations permettent de mieux comprendre le phénomène et, parfois, d’organiser une prise en charge.
Un oiseau qui intrigue… et qui interroge notre relation aux animaux
Au fond, ce canard de Barbarie de la Vilaine raconte une histoire plus large. Celle des animaux domestiques que l’on achète, que l’on admire, puis que l’on laisse partir quand ils deviennent encombrants. Ce grand oiseau coloré amuse les passants, c’est vrai. Mais il nous oblige aussi à nous poser une question simple. Que faisons-nous vraiment des animaux dont nous prenons la responsabilité ?
La prochaine fois que vous marcherez le long de la Vilaine à Rennes, prenez un moment pour le chercher du regard. S’il est là, en train de nager parmi les colverts, vous saurez désormais qui il est, d’où il vient, et ce que son histoire dit de nos choix. Un drôle d’oiseau, oui. Mais surtout un rappel, très concret, de notre rôle envers le vivant qui nous entoure.





