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Vous entendez un cri perçant, vous levez la tête… et là, une grande tache vert vif file entre deux immeubles. Non, vous ne rêvez pas. Ces perruches vertes ont vraiment colonisé Paris et une grande partie de l’Île-de-France. Mais d’où viennent-elles, comment ont-elles fait pour s’installer ici, et faut-il s’en inquiéter ?
Ce grand oiseau vert au bec rouge n’est pas un perroquet domestique égaré. C’est la perruche à collier (Psittacula krameri), une espèce naturellement présente en Afrique subsaharienne et en Asie, notamment en Inde.
Son plumage est d’un vert éclatant, avec un long trait noir autour du cou chez le mâle, qui forme comme un collier sombre. Au milieu des pigeons gris et des moineaux discrets, elle attire immédiatement le regard. Quand un groupe traverse le ciel d’un parc, on a presque l’impression d’être transporté dans un jardin tropical.
Vous pouvez les voir voler en bandes serrées, très bruyantes, tôt le matin ou en fin de journée. Elles se posent souvent en haut des grands arbres, comme les platanes, les marronniers ou les peupliers. De loin, on distingue facilement leur silhouette allongée avec la longue queue qui pointe vers le bas.
L’histoire ressemble à un scénario de film. Ces perruches ne sont pas venues en migrant comme les oies. Elles seraient arrivées par… avion, mais dans les soutes.
À partir des années 1970, la perruche à collier est devenue un animal de compagnie assez courant en Europe. Elle était importée vivante par cargaisons entières, destinées aux animaleries. Plusieurs récits évoquent des évasions accidentelles à proximité des aéroports, en particulier celui d’Orly vers le milieu des années 1970.
Quelques individus seulement se retrouvent alors dans la nature francilienne. Normalement, on pourrait penser qu’ils ne survivent pas longtemps. Pourtant, ces oiseaux se montrent étonnamment débrouillards. Ils trouvent à manger, se cachent dans les parcs, s’acclimatent. Et surtout, ils se reproduisent.
Au fil des années, d’autres lâchers involontaires, voire des relâchers volontaires de particuliers, viennent grossir le petit noyau de départ. Discrètement, la population se met à augmenter.
Aujourd’hui, on ne parle plus de quelques oiseaux perdus. Les estimations parlent de dizaines de milliers de perruches à collier en région parisienne, souvent entre 10 000 et 20 000 individus. Elles forment désormais une population installée, suivie par les ornithologues.
Vous pouvez les observer dans la plupart des grands espaces verts : bois de Vincennes, bois de Boulogne, grands parcs urbains, bords de routes arborés, jardins d’entreprise, campus universitaires… Elles utilisent ce véritable « ruban vert » que forme la trame des arbres et des parcs autour de Paris.
Et ce phénomène ne se limite pas à la capitale. Des populations comparables se sont développées à Londres, Bruxelles, Amsterdam, mais aussi dans plusieurs grandes villes d’Allemagne. En quelques décennies, cet oiseau tropical est devenu une figure familière du ciel européen.
Un détail intrigue souvent : comment un oiseau venu de régions chaudes peut-il passer l’hiver en Île-de-France ? La réponse tient à plusieurs atouts remarquables.
Résultat, ces oiseaux, que l’on imaginait fragiles face au froid, se montrent au contraire très résistants. Parfois même plus que certaines espèces locales plus discrètes.
Pour une partie des habitants, voir passer un vol de perruches vertes au-dessus de la Seine est un vrai moment de magie. Cela met une touche d’exotisme dans le quotidien, surtout en plein hiver, quand tout est gris.
Mais tout le monde ne partage pas ce regard émerveillé. Ces oiseaux sont très bruyants, en particulier quand ils se rassemblent le soir sur un grand arbre pour dormir. Leurs cris aigus peuvent gêner les riverains, surtout près des grands dortoirs urbains.
Autre sujet de débat : leur impact sur la biodiversité locale. La perruche à collier est maintenant considérée comme espèce exotique envahissante dans plusieurs pays. Elle peut entrer en concurrence avec d’autres oiseaux pour les cavités de nidification et pour la nourriture, en particulier dans les parcs où les ressources sont limitées.
Cela ne veut pas dire qu’elle fait disparaître d’un coup toutes les autres espèces. Mais elle peut accentuer la pression sur certaines, comme les étourneaux, les pics ou les chouettes, qui utilisent aussi des trous dans les arbres pour nicher.
La question revient souvent : doit-on laisser ces perruches poursuivre tranquillement leur expansion ou faut-il agir pour limiter leur nombre ? Même chez les spécialistes, les réponses restent nuancées.
En Île-de-France, les autorités et les scientifiques se concentrent surtout sur la surveillance. Comptages réguliers, suivi des dortoirs, observations des interactions avec les autres espèces… L’idée est de bien comprendre la situation avant de prendre des mesures lourdes.
À ce stade, il n’y a pas de consigne générale au public pour les nourrir ou au contraire les faire fuir. On essaie plutôt d’évaluer leur influence réelle sur les écosystèmes urbains. Car une chose est sûre : un animal peut être à la fois fascinant et problématique.
En résumé, leur présence n’est pas anodine, mais elle n’est pas non plus une catastrophe immédiate. C’est un phénomène à suivre de près, avec un regard ni alarmiste ni naïf.
Vous avez envie de mieux les voir, de les photographier, ou simplement de prendre un moment pour les regarder vivre ? Bonne idée. Avec quelques précautions simples, vous pouvez les observer sans nuire à leur tranquillité ni à celle des autres animaux.
Si vous aimez noter vos sorties nature, vous pouvez inscrire le lieu, l’heure et le nombre approximatif de perruches observées. Certaines associations naturalistes collectent ce type d’informations pour suivre plus finement la progression de l’espèce.
Ces perruches vertes racontent une histoire qui va bien au-delà de leur plumage coloré. Elles parlent de commerce d’animaux, de voyages aériens, d’urbanisation et de la manière dont nos activités transportent des espèces d’un continent à l’autre sans vraiment le vouloir.
En quelques décennies, quelques oiseaux échappés près d’un aéroport ont suffi pour transformer le visage sonore et visuel de nombreux parcs franciliens. La prochaine fois que vous verrez un vol de perruches à collier survoler le périphérique ou s’installer dans un grand arbre, vous saurez que leur présence n’a rien d’un hasard.
À vous maintenant de choisir comment les regarder. Comme une nuisance sonore de plus, ou comme un rappel parfois dérangeant, mais fascinant, de la capacité de la nature à s’inviter dans nos villes. Peut-être un peu des deux, en fait. Et c’est justement ce qui rend ces oiseaux verts si intrigants.